EVENEMENT PUBLIC : Making Sustainable Food Policies a Reality [FRA]

Les citoyens européens peuvent choisir ce qu’ils mettent dans leur panier de courses, mais ils n’ont pas voix au chapitre quant au système alimentaire qui dicte ce qui leur sera fourni. Il n’existe pas, en effet, actuellement, de Politique Alimentaire Européenne. Ce que nous mangeons est déterminé par des politiques agricoles, commerciales et environnementales totalement détachées l’une de l’autre, qui influent sur différents niveaux (européen, national et local) et qui sont déconnectées tant des citoyens et que de la plupart des producteurs, surtout ceux de petite taille.

En réponse à cette situation, de nombreuses villes européennes sont le théâtre d’initiatives locales bourgeonnantes qui portent en elles les promesses d’un système alimentaire durable et démocratique. Comment porter ces initiatives au stade ultérieur ? Comment s’assurer qu’elles reçoivent le support des institutions nationales et européennes ? En d’autres termes, comment mettre en action des politiques alimentaires viables à tous les niveaux ? Le jeudi 13 juillet, il en fut question au Cercle des Lecteurs de Turin, avec Olivier De Schutter (Co-président de IPES-Food), Cinzia Scaffidi (Vice-president de Slow Food Italia), Luca Ferrero (ASCI Piemonte), Isabella De Vecchio (Panacea) et Tomaso Ferrando (Warwick Law School).

L’évênement fait partie du premier Local Lab organisé par IPES-Food (International Panel of Experts on Sustainable Food Systems) en collaboration avec l’International University College of Turin (IUC Torino).

Olivier De Schutter, co-président de IPES-Food et ex-Rapporteur Spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, a commencé par souligner les trois approches principales qui guident le travail d’IPES-Food, ainsi que les objectifs de l’entrevue : a) multidisciplinarité ; b) une attention particulière sur les dynamiques de pouvoir et sa répartition au sein de la filière alimentaire ; c) la volonté d’impliquer des experts durant les Policy Labs, mais également des acteurs locaux durant les Local Labs, pour favoriser un processus de production de connaissances de type bottom-up, qui permettrait une meilleure compréhension des dynamiques locales du système alimentaire européen. C’est grâce à la combinaison de ces trois éléments qu’il sera possible d’imaginer et de produire des politiques transversales qui soient en mesure de répondre à certains des défis majeurs de la création d’une politique alimentaire : a) l’identification de l’échelle d’intervention qui serait la plus appropriée (quartier, ville, ville métropolitaine, région, territoire national, Europe) ; b) l’équilibre entre la création d’un système autonome et le renforcement nécessaire des liens entre le rural et la ville, dont l’interdépendance est inévitable ; c) la cartographie et la réconciliation entre projets qui naissent de l’initiative citoyenne, et la volonté des administrations publiques d’institutionnaliser de telles initiatives pour les intégrer à un processus plus structuré et réglementé.

De Schutter a ensuite rappelé qu’IPES-Food a pour mission d’analyser le système alimentaire de manière multidisciplinaire, systémique et exhaustive. Le dialogue constant entre sujets issus de secteurs différents et de différentes parties du monde aide à créer des participations et des connexions locales, nationales et européennes capables de renforcer la diversité des expériences qui gravitent autour de l’alimentation.

Telle est la direction vers laquelle devrait tendre la construction de systèmes alimentaires durables. C’est également la direction que prend la campagne de réforme de la Politique Agricole Commune en une Politique Alimentaire Commune ; campagne lancée par IPES-Food il y a 18 mois qui connaît une mobilisation collective croissante.

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La vice présidente de Slow Food, Cinzia Scaffidi, a ensuite précisé que le point de départ pour construire une politique alimentaire locale, nationale et européen doit être de s’accorder sur ce que représente la nourriture, et quelles fonctions elle sert. La nourriture est en effet concomitamment santé publique, écologie, paysage – et donc tourisme, économie, mais également droit – à une vie digne, à une vie saine : « il faut penser à combien de segments de notre vie sont liées à la nourriture, et à combien de ceux-là peuvent être influencés, voire guéris, par ce que l’on mange – parce qu’en fin des comptes, quoi que l’on fasse, à la fin de la journée, on mange ». Elle ajoute également qu’une « nourriture saine et adéquate implique également un droit à l’information, et un droit à la participation démocratique – qui ne peut être garanti que quand le besoin de base du droit à la vie est garanti ».

« Jusqu’où peut-on parler de politiques alimentaires locales sans prendre en considération les politiques mondiales ? », fut l’introduction de Luca Ferrero, le Président de ASCI Piémont (Association Solidarité et Campagne Italienne). L’agriculture paysanne fait partie de l’archipel d’association qui font un choix de rupture par rapport à la standardisation de la nourriture imposée par l’agro-industrie. Et pourtant, la production et la vente de petite échelle ne suffisent pas à garantir à tous une nourriture utilisable et durable. De la même manière, la seule prise de conscience des citoyens ne suffit pas non plus. Selon L. Ferrero, la responsabilité individuelle se traduit en une pratique quotidienne commune en termes de choix politiques.

C’est précisément de pratiques quotidiennes que nous parle Isabella De Vecchi, de Panacea. Panacea est une coopérative, et le premier four à pain à lévitation naturelle de Turin, dont les farines proviennent de la Filière de la Farine de Stupinigi, aux portes de la ville. La « Filière de la farine » a été établie avec l’active participation de Coldiretti (syndicat des agriculteurs), le Parc Naturel de Stupinigi et six fermes de petite taille qui opèrent à l’intérier du parc : une coopérative à Piobesi, un moulin à Roccati di Candia Canavese. L’objectif était la mise en place d’un lien solide entre les participants de la filière, pour en garantir la résilience, mais également pour pouvoir utiliser des variétés de blé anciennes et pouvoir opérer de manière alternative aux acteurs commercial traditionnel.

En dépit des obstacles qu’affronte un projet de ce type – entre autres, celui économique des prix dictés par la concurrence avec des compétiteurs puissants – Panacea et la Filière démontrent qu’à force de dialogue et de coopération – y compris avec le secteur public – il est possible de penser et de mettre en place une alternative écologique et locale, caractérisée par un retour à des traditions ancestrales, la coopération et le partage d’informations, ainsi que l’intégration sociale et la participation des travailleurs tout au long de la coopérative. Une politique alimentaire locale serait donc en mesure de reconnaître l’existence de ces expériences et en faciliter la consolidation, tout en imaginant également d’autres moyens de relier la ville à la campagne, dans un dialogue fructueux et écologique.

 

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